24 avril 2008
Bientôt le livre de l'aventure
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04 décembre 2007
Gracias a la vida
L’aventure se termine au cap de bonne espérance. Un beau symbole. La fin d’un voyage. Le début d’une nouvelle vie. Vous nous avez suivi pendant près d’un an. Merci du fond du cœur. Merci aux familles, aux amis et à tous ceux qui nous ont apporté du soutien. Soutien indispensable à la réussite de notre projet. Nous avons vécu une aventure hors du commun. Par sa durée, par le nombre de cultures rencontrées mais aussi et surtout par son enjeu : la vraie rencontre. Ce voyage, nous le garderons en nous comme un tatouage sur le cœur.
Va saisir ta chance
Au cap de bonne espérance, ami va saisir ta chance. Avec pour seule arme la curiosité, avec pour seul bagage, l’envie. Tu as vu du pays. Du pays. Plus que ça, tu as rencontré des hommes et des femmes qui t’ont ouvert leurs portes, leurs vies. Ils t’aideront à trouver ton chemin. Tu as compris que le voyage, c’est la rencontre. Que les paysages éblouissent et que les visages restent. Ils t’inspirent, te collent à la peau. Chaque jour est une histoire d’amour. Pas un jour sans apprendre quelque chose sur les autres et sur toi-même. Une histoire, un regard, une image. Sur cette vie qui ne fait que passer et qu’il faut savoir saisir comme une chance. C’est maintenant. Aux « tu n’y arriveras pas » défaitistes, réponds « rien n’est impossible ». Va te perdre dans les chemins pour mieux te retrouver. Va ouvrir les portes, ne suis pas les routes tracées. Ne voyage pas pour voyager. Souviens-toi de ces images qui te réchaufferont le cœur les soirs de pluie. Souviens-toi, Roissy. Les larmes sur les joues de ton père et de ta mère. Ils ressemblaient à des enfants.
« Fais attention à toi » d’une toute petite voix puis l’absence. Les doutes dans l’avion pour Rio. Où allons-nous et pourquoi ? Le sourire de Dil à Itaparica, les élèves dans la cour de récréation à Potosi, les vaches des champs de Mar del Plata, la vie mexicaine chez la famille d’Agueda, le pêcheur du lac en Arizona, le malheur aux vaincus de François sur les trottoirs de Saigon, les larmes des Tibétains sur les versants de l’Himalaya, les wagons ouverts dans les campagnes indiennes, la maison bleue de Yayah posée sur le Nil, le chemin de fer de Kibera, le regard bienveillant du capitaine Abdallâh, les gamins dénudés des plaines zambiennes, les éléphants sur les chemins du Botswana et les falaises vers le cap de bonne espérance. Ami va saisir ta chance. Ce n’est pas rien, sache-le. Des moments de grâce. Tes doutes s’effacent, tu as l’impression de marcher dans le ciel comme dans le désert de sel. Je vis. Je sens. J’aime. Et ce souffle sur ta peau, cette plénitude dans ton regard, ce sourire sur ton visage, ça n’a pas de prix, ça vaut de l’or. Surtout, souviens-toi de tout. Ne laisse pas entrer la routine et la facilité. Oublier, c’est manquer de respect aux heures passées sur la route. A découvrir, à aimer, à pleurer, à s’engueuler et à se réconcilier. A grandir. Tu n’es plus le même. Non, ce n’était pas une parenthèse enchantée. Non, ce n’était pas un rêve. C’était au contraire le moment le plus juste et le plus réel de ta jeunesse. Souviens-toi de tout. Admets tes doutes, tes faiblesses et tes forces. Parle-moi, parle aux autres, en toute transparence et en toute vérité. Il n’y a pas de temps à perdre. Pour les non-dits, les rancœurs et les trop-pleins d’orgueil. Ta fierté, c’est d’être toi-même. Si tu aimes, dis-le, si tu veux, fais-le, et si tu rêves… va au bout. Les regrets se ramassent à la pelle, comme de la grêle. Tu as réalisé ton rêve. Il n’y a rien de plus beau dans une vie. Cette nouvelle étincelle dans ton regard, c’est une étoile qui brille. Celle des couleurs croisées sur le chemin et des rencontres qui marquent à jamais. Tu entends mon ami cette voix au fond de toi qui te dit dans une caresse : gracias a la vida, merci la vie.
A mon père, ma mère et Aurélien
30 novembre 2007
Je te vois au loin, Paris
16:30 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
29 novembre 2007
Le saviez-vous?
Vue globale
18 pays visités: Le Brésil, la Bolivie, l’Argentine, le Mexique, les Etats-Unis, la Malaisie, le Vietnam, la Chine, le Népal, l’Inde, l’Egypte, Israël, le Kenya, la Tanzanie, la Zambie, le Botswana, le Lesotho, l’Afrique du Sud
40 nuits dans les transports et 75 transports en commun empruntés
100 lits différents
100 « les gars, faut faire les sacs »
339 jours de voyage
Géographie
Point le plus bas : -86 mètres - Dead Valley
Point le plus haut : 5072 mètres - T27 (train Pékin - Lhassa)
Latitude nord : Milwaukee 43,3
Latitude sud : Mar del Plata 37,9
Océans et mers
Atlantique
Caraïbes
Pacifique
Mer de chine méridionale
Golfe du Tonkin
Méditerranée
Mer rouge
Océan Indien
Mer morte
Déserts
Désert de sel de Uyuni
Désert de Chihuahua au Mexique
Désert de Mojave en Californie
Désert du Grand Thar en Inde
Désert du Sahara
Désert du Sinaï en Egypte
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26 novembre 2007
On the road again
A quelques jours du retour
Des photos prises sur la route entre le Lesotho et Cape Town. Des rencontres, des paysages et des instantanés de voyage. Nous vivons les derniers moments de notre aventure, sans vraiment réaliser que nous approchons de la fin. J – 8.
Reportage : la rencontre Hervé
Nous le rencontrons dans la cuisine de l’auberge de jeunesse à Cape Town. Hervé a cinquante-cinq ans. Il parcourt le monde depuis des dizaines d’années avec toujours la même envie. Passionné de rencontres, contemplatif et curieux, il nous parle de sa vision du voyage mais aussi d’une France qu’il trouve fatiguée. Un vrai personnage.
Partie 1
Partie 2
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22 novembre 2007
Un royaume dans le ciel
Le temps s’est arrêté. A quelques heures de route de Johannesburg, le Lesotho. Un autre pays, un autre monde. Fascinant anachronisme dans un océan de modernité. Les montagnes, le bétail et quelques cases dans les prairies. Très peu de touristes. Pas de téléphone et pas d’Internet. Les traditions demeurent. Tout semble réunit pour communiquer avec soi-même.
La tempête
S’allonger sous les sapins pour faire une sieste. Trouver un peu d’ombre, le soleil tape fort. On entend la chute d’eau s’écraser sur les rochers. Des écoliers observent le spectacle. Un petit joue avec un morceau de bois. « C’est mon bébé » dit une jeune fille. « Il est beau vous ne trouvez pas ? ». Elle n’a que quinze ans. Un peu plus loin, deux jeunes garçons longent le canyon. « J’ai faim » réclame le plus petit. On lui tend un paquet de chips qu’il saisit sans trop y croire. Les poches et le ventre vides, il poursuit son chemin avec pour seul soutien la main de son ami. Un jeune berger veut être pris en photo. Il se regarde dans le petit écran, intrigué. Cette image, c’est lui entouré de ses vaches. Un petit quelque chose, il souhaiterait un cadeau ou un souvenir. Clément lui tend une pièce de monnaie chinoise. « Que vais-je en faire ? Je ne pourrais pas l’utiliser ici » s’inquiète le berger. Sur la route, des visages et des silhouettes. On lève la main et on regarde droit dans les yeux. On a tant à apprendre les uns des autres. Nous montons avec deux autres amis d’un village voisin à l’arrière d’une jeep. Il y a un chien enveloppé dans une laine. Nous protégeons les sacs et les ordinateurs dans des sacs poubelles. Le ciel est menaçant. La piste passe à 3200 mètres, point culminant des 130 kilomètres reliant Semonkong à Maseru, la capitale. La voiture part à toute allure. On s’accroche à l’arrière. Nous surplombons des cases posées sur les versants. Des moutons broutent l’herbe un peu plus bas. La route est étroite et sinueuse. Les nuages se rapprochent. Des hommes à chevaux nous rattrapent dans une descente. Ils ont fier allure. On aperçoit le regard noir de l’un d’entre eux, comme dans un rêve. Le chemin monte peu à peu. Il fait de plus en plus froid. Les fleurs poussent dans les champs lunaires. Quelques hommes marchent sur la route aidés d’un bâton. On croise leur regard dans un flash. Des coups de tonnerre éclatent. Quelques gouttes tombent. Vient le torrent. La terrible averse. L’eau rentre dans les pantalons, les rafales de vent remuent la boue que nous prenons en plein visage. Nous sommes trempés. Nous arrivons au sommet, il fait cinq degrés. Le chien vacille dans sa niche de misère. Le pire est à venir. La grêle s’effondre sur nous. De la glace tranchante sur la peau. L’orage s’arrête. Il ne pleut plus mais la grêle fond. Une coulée d’eau gelée sur le cou. La route redescend vers la vallée. Le soleil sort quelques rayons timides comme pour s’excuser mais le bien est fait. Celui d’un rodéo montagneux mémorable. Le Lesotho à ciel ouvert. Les cavaliers, les villageois et la tempête. Debout à l’arrière, le vent sèche les vêtements et le cœur bat comme un tambour.
Le secret
Que lui a-t-il soufflé à l’oreille ? Un dernier murmure avant le repos éternel. L’enfant répète des mouvements d’attaque avec son bâton. Le linge sèche sur un fil relié à deux morceaux de bois. Une chemise blanche et un bonnet. Son grand-père est mort ce matin. La brume cache les troupeaux de vaches et de moutons. On entend que le son des cloches. Avant de partir, il lui a glissé un mot, un secret. Depuis, le petit n’a pas ouvert la bouche. Seules les montagnes savent. Le ruisseau s’en va vers la cascade. Deux cents mètres de chute d’eau. Un rideau qui ne se lève jamais. Les écolières courent dans les champs. Les uniformes bleus, l’herbe verte et la terre noire. Des coquelicots et des pâquerettes sur les versants remués par le vent. Ça danse, ça vit. Le petit dépose une feuille sur le ruisseau. Elle virevolte sur l’eau transparente. Des traits noirs dans le ciel au village. Des coups de tonnerre sur les sommets. L’orage gronde. Dans les étables, les moutons se font tondre. Quelques traces de sang sur la peau des bêtes, preuve d’un ciseau trop tranchant. Dehors, les bœufs remuent la terre péniblement et les ânes portent des sacs remplis de sucre. Juste avant de s’éteindre. Ses lèvres ont bougé, sa peau ridée a tremblé. Le grand-père a parlé. Enterré assis face au soleil levant. Prêt à bondir au moindre appel comme le veut la tradition basotho. C’était sans doute l’un des meilleurs cavaliers du village. Si fier sur sa monture noire. Quand la feuille sur le ruisseau atteindra le précipice, elle ne tombera pas. Elle s’envolera dans un bol d’air. Le petit prie pour qu’il en soit de même pour son grand-père.
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18 novembre 2007
C’est l’Amérique
Johannesburg. Nous découvrons une ville immense. Une jungle urbaine plongée dans l’insécurité. Des autoroutes et d’interminables banlieues comme à Los Angeles. Un retour au « premier monde » brutal après un mois d’Afrique rurale. Au nord de la ville, dans les banlieues riches, les jeunes filles se promènent dans des voitures de luxe et s’enferment dans les magasins. Elles se préparent pour la grande sortie nocturne du week-end. C’est la société de consommation à outrance. Khani, que nous rencontrons, la représente tristement.
C’est l’Amérique, c’est plus l’Afrique. T’as des faux yeux, des faux seins et t’es faux-cul. Tu vis sur planète silicone. Tu passes tes journées aux terrasses des grands magasins. Terrasse avec vue sur parking. Ta Mercedes est bien garée, ne t’en fais pas poupée. Tu te promènes dans les rayons et achètes des choses qui ne servent à rien. Tu te réalises, tu te sens bien. Société du paraître, société du paraître et tu oublies d’être, tu oublies d’être. T’es blonde platine, t’es bien roulée, t’es super bien habillée. Petit haut moulant, on voit ton nombril. Petite jupe courte, on voit ton string. Allez faut bien le dire, t’es « bonne » à en pleurer. Y’en a plus d’un qui aimerait te cabosser. Mais ça va ne va pas plus loin. Pas plus loin. C’est comme ta banlieue nord, bunkerisée, cadenassée et repliée sur elle-même. Tout est faux, tout est triste. Tout est matériel, tout est individualiste. C’est l’Amérique, c’est plus l’Afrique. Tu rêves de los Angeles, de stars de cinéma, de princesses et de Ferrari Testarossa. Reviens Barbie. Reviens. Ce n’est pas jolie tout ça. Tu ne ressembles plus à rien. Allez viens je t’emmène, on prend le train, accroche-toi à moi. Traverser les frontières avec vue sur la vie, ça te dit ? Tes gros seins pèsent trop lourds et tes faux yeux t’aveuglent. Quittons ces autoroutes, ces labyrinthes sans âmes. Aimons-nous coûte que coûte, rallumons ta flamme. Dehors, c’est beau. Oui, c’est beau. Pas de terrasse avec vue sur parking. Pas de faux sourires, pas de frimes. Mais les couleurs, les couleurs. Les sensations comme tu ne les connais plus. La vie est trop courte pour vivre dans le superficiel, dans ton mall à l’américaine. Tu n’as pas besoin de toutes ces choses, tu as juste besoin d’être toi même. Allez viens je t’emmène.
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15 novembre 2007
Attention à l’éléphant
Amours croisés
Un œil, puis l’autre. On se réveille lentement. Un verre d’eau et une carte du monde, on prend ses repères doucement. Bon, où sommes-nous ? A Livingstone, à soixante kilomètres de la frontière Botswanaise et à dix kilomètres des chutes Victoria. On se rappelle du trajet en camionnette de la veille. Les uns sur les autres, les sacs éparpillés et à peine la place pour respirer. Une mama africaine allaite son petit. Elle défait son sein Kilimandjaresque, sort son téton aux allures de lance et nourrit le bébé qui se délecte du lait made in maman. On ne peut s’empêcher d’observer cette montagne aux neiges éternelles. La maman n’est point offusquée. Fière de ses attributs et de sa tribu, elle s’arrête au milieu de la route rejoindre sa case. Sa maison de campagne, son chez moi avec vue sur la savane. Le bébé nous touche la main, intrigué. Mais qui sont ces hommes passés au tipex, encore plus blancs que le lait de ma maman ? Assise sur le siège d’à côté, une beauté zambienne joue aux mots croisés. Ah, les mots croisés... Trouver les mots pour passer le temps, l’activité universelle. Du banc de métro parisien au mini bus zambien. Elle aligne les lettres dans les cases et moi j’aimerais bien me caser. Mademoiselle aux mots croisés, ne nous sommes pas déjà croisés ? Il vous manque un j pour faire jolie. Il vous manque un p pour petit ami. De vous voir chercher des mots, j’en ai des maux de tête. J’ai des idées de draps, d’oreillers et de couettes. A l’horizontale, à la verticale, c’est vous qui décidez. Faut remplir les cases, se casser et se caser. Vous aurez le dernier mot dans mon trois pièces à Paris. Je vous pari trois pièces que vous le trouverez joli. Il manque un j pour faire jolie, il vous manque un p pour petit ami.

En une journée le Botswana tu traverseras
Les chutes Victoria. Chef d’œuvre de la nature, merveille du monde, cascade de beauté. Une photo pour le souvenir. Pour montrer à mes enfants. Ils n’auront sans doute pas la chance de la voir si belle. Réchauffement climatique, connerie systématique de l’homme qui fout tout en l’air au point de manquer d’air. Profiter de tout. Tout semble en voie d’extinction. Personne fait gaffe à la date d’expiration. Bientôt, il n’y aura plus que des cartes postales.
10 heures du matin. On part à la frontière. Deux heures de bus. Nous traversons le Zambèze en bateau et arrivons au Botswana. Il est 13 heures. Objectif, atteindre Francistown avant 21 heures. C’est l’heure du départ du train pour Gaborone, la capitale. Un homme nous prend en stop. Un peu plus loin il prend une femme. Il n’a pas choisi la plus moche. Quitte à faire de la route, autant être bien accompagné. Il roule vite dans un paysage de savane. Au bord de la route, des girafes, des chiens sauvages, des singes et des troupeaux d’éléphants. Le pied sur le frein, le chauffeur est attentif. Imaginez un éléphant surgir au milieu de votre route ? Ca rappelle les blagues d’enfants à deux francs dans la cour de récréation. « Et regarde l’éléphant ! ». Sauf que là, c’est pour de vrai.
16 heures. Notre nouvel ami nous dépose dans une station service à Nata, à 200 kilomètres de Francistown. Il pleut. Il faut protéger le matériel. On rentre. « Un poulet frites s’il vous plaît mademoiselle ». On se ravitaille. On se sent seul à Nata. Il va bientôt faire nuit. Il nous faut trouver un bon samaritain. Les voitures s’arrêtent dans la station service située de l’autre côté de la route. Il faut traverser. Malgré la pluie, la boue et le poids des sacs, c’est notre seule chance de gagner Francistown. Nous ressemblons à deux soldats, prêts à sortir d’une tranchée. Faire attention aux voitures qui traversent. Faire attention à l’éléphant. Un coup de trompe et tout s’arrête. Vas-y Martin, je te couvre.
C’est l’Argentine
19h00. Plus de peur que de mal, nous voici du bon côté. Une fourgonnette s’arrête comme par miracle. Nous rentrons à l’arrière. Il n’y a qu’un petit hublot qui donne sur l’extérieur. Une femme se joint à nous au dernier moment. « Il faut faire vite, je dois prendre le train » dit-elle au chauffeur. Ca tombe bien. A 170 kilomètres à l’heure, nous avons une chance… La voiture vibre de partout, on a l’impression d’être à bord d’un Boeing en phase de décollage. Monsieur l’éléphant ne traversez pas maintenant. Martin se retourne pour voir la route, Clément s’allonge pour ne pas y penser. Heureusement, le chauffeur est plus Schumacher que Jean Alesi.
20H2O. Francistown, tout le monde descend. Nous prenons le train, exténués. 5H15, le réveil sonne. Arrivée imminente en gare de Gaborone. Nous sortons du train et partons à la station de bus. « Pour Johannesburg ? Départ dans cinq minutes » nous dit un homme. On monte à bord. On s’endort. Dehors, de vastes prairies vertes où broutent les vaches. C’est l’Argentine.
Il manque un j pour faire jolie. Il manque un p pour petit ami. Sur la route du voyage les mots et les amours se croisent comme le jour et la nuit.
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12 novembre 2007
Train deux nuits pour la zambie
Nous commençons notre route vers l’Afrique du Sud. Nous quittons Zanzibar par un bateau de nuit. Le lendemain matin, nous prenons le train à Der es Salam direction Lusaka, la capitale zambienne. Un voyage de deux jours dans la brousse.
Rouge sang
Des pleurs dans la nuit. Dans la campagne, dans les broussailles, quelques huttes. Un feu de camp au loin. Des flammes rouges. Les pleurs continuent. On essaye de voir ce qu’il se passe depuis la fenêtre du wagon. En vain. Des marchands encerclent le train. Ils arrivent avec de petites bougies qui éclairent les bananes, les noix de coco et les cuisses de poulet. Il n’y a que des enfants. Certains réclament un stylo, un cahier, un biscuit ou une pièce. « Hommes blancs, hommes blancs » répètent-ils mécaniquement. Dans le wagon bar, les passagers regardent Basic Instinct à la télévision. Les gamins des villages, regroupés sur la voie ferrée, observent les images de la pointe des pieds. Des mondes se rencontrent. Des vies si différentes. Hollywood et les tribus, dans la nuit étoilée. Et toujours les pleurs qui s’accentuent. Le train redémarre. Un jeune escalade la locomotive et s’allonge sur le toit. Il essaye de rentrer dans un compartiment. La scène rappelle les films d’Harrison Ford ou de Mel Gibson. Il glisse sur la fenêtre et se rattrape de justesse. Suspendu à son destin, le moindre geste peut lui coûter la vie. L’espérance de vie ou l’espérance de survivre. A la faim, à la maladie. On ne voit pas de personnes âgées. Que des enfants et leurs jeunes parents, dénudés, comme cette campagne aux allures de bout du monde. Sharon Stone va bientôt de se déshabiller à la télé. Blonde comme les herbes jaunes de la savane. Que fait-elle dans ce train ? Difficile de s’y retrouver. Le train qui se balance comme une danseuse de salsa. De grands coups de frein et des virages passés trop vite. Tout à coup, l’accident. Un wagon se détache, la poignée d’urgence est actionnée. On se retrouve à l’arrêt dans les herbes hautes. « Vous ne savez toujours pas pour les pleurs ? » demande un homme à la barbe parfaitement taillée. « Non ». « C’est un père de famille qui pleurait la mort de son fils ». Le train repart. Sous les rails, la terre rouge. Rouge sang.
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09 novembre 2007
La vie commence à Zanzibar - Partie 2
Ils arrivent par centaines. Les bateaux des pêcheurs. Trois morceaux de bois et une voile.
A Zanzibar, la pêche est un moment sacré. Les peaux noires sur le sable blanc et les bateaux beiges sur l’océan transparent. Un spectacle inouï.
Alin et le poulpe
Il attend son papa. Ses petits pieds trépignent sur le sable blanc. Des traces que les vagues emportent. La marée monte. Dans sa main, un harpon avec au bout un énorme poulpe. Alin n’a pas encore dix ans mais pêche déjà comme un adulte. Il sait lire les ombres dans l’océan, bouger ses pieds dans les eaux claires et ajuster ses proies. C’est son papa qui va être fier. Un poulpe de cette taille se vendra à un bon prix au marché. Son grand frère n’aime pas la pêche. Il cultive les fruits avec sa maman. Les bananes, les mangues et les goyaves. Il ramasse les noix de coco qui tombent comme la pluie à Zanzibar et préfère l’odeur des épices dans les chemins de terre à l’écume salée de l’océan indien. Le papa arrive. Trois morceaux de bois et une voile. Sa barque semble voler sur la houle. Alin cache le poulpe derrière ses mollets aussi fins que des cannes à pêche. « Alors mon fils, qu’as-tu pêché ? ». Le petit laisse entrevoir le poulpe et lâche un sourire intrépide. Son papa lui tape sur l’épaule. « C’est bien Alin. Bientôt tu auras ton bateau ».
Aller jusqu’à la pointe nord de l’île à bicyclette. Soixante kilomètres. Passer par les villages du centre au milieu de la jungle à la rencontre des habitants. On prend le vélo. On voyage.
Sur ta route
« Quand tu commences à avoir mal aux jambes, continue. Il faut se dépasser, au-delà de la souffrance ». Clément se rappelle des conseils de son oncle Alain, passionné de vélo. Les premières montées à Amphion, la côte de Publier, courte mais pentue. Le lavoir, la voie ferrée et la vue sur le lac. Au retour, posée sur la fenêtre, la tarte au flan préparée par mémé. « Hommes blancs, homme blancs » clament les habitants à notre passage. Les coucous et les sourires rythment notre escapade au milieu des bananiers. L’orage gronde, le ciel s’obscurcit. Nous nous abritons sous une cabane en feuilles de palmiers. On nous amène deux chaises, spontanément. Soyez les bienvenus. Aucune peur de l’étranger mais le sens de l’hospitalité. Un gamin détache un taureau de sa charrette. L’animal en profite pour dévorer l’herbe fraîche. D’autres habitants viennent acheter des fruits ou des épices dans les petits stands. Le son d’une radio s’échappe d’une fenêtre. Les enfants veulent nous toucher la main. Les jeunes filles cachent des sourires sensuels. Mais qui sont ces étranges voyageurs ? On choisit des bananes pour la route. Les plus petites sont les plus sucrées. Tout autour, des petites maisons dans la terre rouge. Ce rouge qui nous rappelle que nous sommes en Afrique. Un petite fille nous amène une mangue. Elle tend le fruit et repart en courant. Le ciel se dégage vite, on remonte sur nos vélos. La nature prend une nouvelle couleur. Toujours les mêmes encouragements, c’est le tour de Zanzibar sans caravane ni dopage. On nous contrôlera peut-être positif à l’arrivée. Positif à cette vie de couleurs et de saveurs, accueillante et bienveillante. Ils ne sont pas habitués à voir des visiteurs dans cette partie de l’île. Encore moins à vélo. Nos échanges avec les habitants en sont d’autant plus sincères et chaleureux. Le tourisme n’est pas encore venu tout abîmer. Ici, les gamins ne crient pas « argent, argent » mais demandent « quel est ton nom et d’où viens-tu ? ». Je viens d’un pays où tu ne serais pas accueilli de cette façon. Plus que quelques kilomètres. On l’aperçoit derrière la forêt, l’océan. Pas de ligne d’arrivée mais un nouveau départ. Celui du respect et de la générosité. C’est l’Afrique mon frère. Au port, le capitaine Abdallâh reprend la barre. Il rentre à Mombassa. Les courants sont favorables, dans moins de dix heures il embrassera sa femme et ses enfants. Il aime voyager de nuit quand la lune lui montre le chemin. Une dernière prière. Dieu est grand, comme l’océan, comme cette vie qui déborde de belles choses.
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07 novembre 2007
La vie commence à Zanzibar - Partie 1
Une destination magique : Zanzibar. Pour vous décrire notre voyage sur l’île, nous avons choisi des textes courts, des histoires et des sensations. Commençons avec Bububu, petit village oublié des visiteurs, au nord-ouest de l’île. Il mène sur une petite plage sauvage. Nous y allons à vélo. Sur la route, un vent de plénitude nous accompagne.
Bububu
A Bububu tout au bout du monde. Au bout de tes rêves, du bout de tes lèvres, caresser l’océan. Tu suis la trace orange du soleil qui danse avec la vague. Tu nages jusqu’au bateau de pêche. Le sel te pique les yeux. Tu t’accroches à la coque en bois. Tes oreilles sont dans l’eau, tu n’entends plus le monde. Tu le vois. Deux gamins font la course sur la plage. Tu relèves la tête et entends à nouveau. Des rires. Tout t’inspire, tout t’enivre, c’est la communion. Tu remontes sur ton vélo, passes par les bananiers, les cocotiers et les manguiers. A fond dans la descente, tu décroches un sourire à une jolie jeune femme qui en perd son voile. Les gens s’étonnent de ta présence. C’est la prime à la curiosité. Le soleil se couche à l’horizon. C’est ta routine dans l’extraordinaire. Tu te dis, en passant une vitesse et en scrutant la boule rouge rentrer chez elle, je vis. Et cette sensation tu ne l’échangerais pour rien au monde. A Bububu, tout au bout du monde, au bout de tes rêves, du bout de tes lèvres, caresser l’océan.
A Kibera, son dévouement pour les jeunes du bidonville nous avait ému. A Zanzibar, nous découvrons une autre Rehana. Drôle, créative, sincère et contemplative. Une vraie rencontre.
Rehana ou la culture de l’instant
« Flirter, c’est inoffensif ». Rehane éclate de rire. Elle vient de faire croire à un homme qu’il avait ses chances. Quand elle parle français, elle a l’accent québécois mais pas trop. Cheveux courts et yeux caméléons. Séductrice, rassurante, inquiétante, dramatique ou comique. Elle choisit. Ca dépend du moment ou de l’enjeu. L’enjeu ce soir, c’est manger du bon poisson. Près du port, les stands affichent leur palmarès. Extrait d’une conversation autour de la table :
« Arrête avec les arêtes, tu fais un fromage avec rien ».
« Je veux bien mais je préfère le poisson sans les arêtes. C’est comme les femmes, je les préfère sans vêtements».
Dans le train Nairobi-Mombassa, le nez à la fenêtre, elle observe la campagne. Les maisonnettes en briques rouges et la savane éclairée par la lune. C’est le jour en pleine nuit. Les passagers descendent dans des villages perdus. Les femmes portent des sacs sur leurs têtes. Où vont-elles ? S’arrêter là. Si je sors de ce train, si je pars dans la plaine. Vais-je me perdre ou me retrouver ? Rehena ferme les yeux et laisse le vent frais lui caresser le visage. Sur le pont du bateau, elle scrute l’horizon. On ne voit plus la terre, il n’y a plus que l’océan. Elle semble boire la lumière du soleil qui se couche. Attentive aux prières gracieuses des hommes d’équipage et au regard profond du capitaine qui attend la terre ferme comme on attend une femme. Elle écoute la chanteuse islandaise Bjork. Les chansons State of emergency et All is full of love. Elle profite de l’instant, en état d’urgence. L’urgence de cette vie qui passe trop vite, de l’amour qu’on ne donne pas assez et de la beauté qu’on ne reconnaît plus. Rehena est une perle rare, belle dans Zanzibar. On jetterait bien l’encre dans son cœur. Blotti contre sa force sage, pas de vague à l’âme mais une mer d’huile.
« Je suis la terre. Tu es l’océan. Je suis l’île de notre amour » écrit un matelot sur son carnet de notes. Des pensées qui lui viennent comme des averses. C’est le luxe de pouvoir travailler sur l’océan en se laissant inspirer par les éléments. Tout est dans l’instant.
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06 novembre 2007
Carnets de bord : Mombassa-Zanzibar par l’océan indien
Episode 3 : L’arrivée à Zanzibar
Des îles, des cocotiers, un sable aussi blanc que la banquise. Terre à bâbord. Zanzibar, l’île aux épices. Des dauphins saluent notre passage. Le moment est idyllique. Le capitaine reprend la barre pour les dernières heures de traversée. On nous serre un thé à la cannelle. Le soleil tape très fort. Les peaux sont rouges. Les regards intenses. C’est la fin d’une traversée inoubliable. Nous en retiendrons une leçon d’humanité.
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04 novembre 2007
Carnets de bord : Mombassa-Zanzibar par l’océan indien
Episode 2 : la traversée
La nuit s’est relativement bien passée. Difficile de trouver le sommeil sur le pont. Nous sommes réveillés par les cris de la chèvre décapitée. Il pleut, le bateau commence à tanguer. Les liens se tissent avec l’équipage, d’une grande générosité. Certains dorment, d’autres mangent des petits gâteaux en attendant l’unique repas de la traversée. Le soleil se lève à l’horizon. Il dessine une voie orangée. Le voyage se poursuit, entre courte sieste, réflexion sur la vie et contemplation du paysage.
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02 novembre 2007
Carnets de bord : Mombassa-Zanzibar par l’océan indien
Episode 1 : le départ
Nous arrivons à Mombassa en train. Assis sur les marches du vieux port, on imagine les centaines de boutres chargés d’épices, d’ivoire, d’or et d’esclaves tracer leurs routes vers l’orient. Une longue traversée nous attend. De Mombassa à Zanzibar, au cœur de la civilisation swahilie. Nous partons à bord d’un cargo qui transporte du sel. A la barre, le capitaine Abdallâh. C’est le grand départ. Pendant trente heures, nous naviguerons sur l’océan indien. Nous dormirons sur le pont et vivrons au rythme des autres membres d’équipage. Rehana, notre amie rencontrée à Kibera, est avec nous. Un voyage que vous pourrez vivre sur le blog en trois épisodes : le départ, la traversée et l’arrivée à Zanzibar. Il est temps de larguer les amarres.
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31 octobre 2007
Le Kenya désir - Partie 2
De Nakuru à Kisumu
De Nakuru à Kisumu, dans un bus cabossé. La piste est mauvaise. On passe par Kericho et les plantations de thé. On arrive dans un hôtel un peu excentré. C’est le peuple des lacs, les luos, deuxième ethnie du Kenya par l’influence politique après les Kikuyus, leurs opposants traditionnels. Safina est à la réception. Grande, très grande. Belle, très belle. Au premier étage, il y a Diana, celle qui donne la clé. Pantalon moulant et talons aiguilles, on commence à comprendre la politique de recrutement des employés de la maison. Et il y a Mauren, la petite sœur de Diana. Plus innocente. Elle travaille au bar avec ses petits hauts exotiques. Safina nous dit de passer dans son bureau. La suite, un interrogatoire à la Basic instinct. Elle nous fixe du regard, nous lance des sourires. Nous sommes de petits écoliers qui ont peur de passer au tableau. Elle veut partir. Pourquoi pas la France ? Elle a presque honte de nous dévoiler son salaire de 70 euros par mois. Son patron est Indien. Des années qu’il travaille à Kisumu. L’implantation indienne au Kenya date de la construction de l’Ouganda Railway en 1896. Le plus fantastique projet ferroviaire jamais imaginé. La voie de chemin de fer traverse des zones semi-désertiques, escalade des montagnes, enjambe des rivières. Les ouvriers subissent les attaques de la malaria, de la maladie du sommeil et de la variole. Les lions mangeurs d’hommes de la région de Tsavo, immobilisent le chantier pendant deux semaines. Des histoires que Singh, le patron, raconte à ses enfants.
Safina aimerait qu’on l’invite à déjeuner. Pas pour le charme mais pour la faim. Nous l’invitons à dîner avec Diana. Au début, personne ne parle dans ce bar restaurant de la banlieue de Kisumu. « Vous n’aimez pas l’endroit, c’est ça ? » s’inquiète Safina. Au contraire, nous l’adorons. Simple, authentique, une musique joyeuse s’échappe de la salle de billards. Un son de guitares tropicales. « Tu as pris ton médoc pour le palu ? » s’informe Martin. « Oui, c’est bon ». On essaye de débloquer la situation. Après quelques minutes, elles prennent confiance. L’échange devient sincère. « Quand on est avec des hommes blancs, on se fait respecter » dévoile Diana. « Pourquoi ? » demande Clément. « C’est comme ça ici ». A la télévision, les deux candidats favoris aux prochaines élections, Odinga et Kibaki. Le serveur amène un poulet avec du riz. « Je te laisse la cuisse ? » propose Martin. « Tu parles de Safina ou du poulet ? » répond Clément dans un sourire badin. A l’entrée du bar, les esprits s’échauffent. Il est temps de finir le poulet et de saluer nos poulettes. Nous rentrons ensemble à l’hôtel. Au bar du haut, Mauren fait la tête. Elle aurait aimé sortir avec nous. Nous montons à la chambre, nos amies rentrent chez elle. Le lit d’Amaury est vide. Il ne reste qu’une paire de chaussettes oubliée.
A cœur ouvert
« Jamais des paysages ne m’avaient paru aussi beaux ». C’est parce qu’il s’est vu mourir. La tête posée contre la vitre à regarder défiler la campagne. Toute une vie. Mourir d’amour. Le cœur semble si lourd. On le porte comme un fardeau. Ca saigne dans la tête. Le trajet Nakuru-Kisumu n’est pas un trajet comme les autres pour Amaury. Il repense aux mots d’Amalia. Perdre son amour, se retrouver seul au bord de la route. Et si elle lui lâchait la main ? Serait-il se relever ? Trop de questions, trop de doutes, trop d’arrêts et trop de départs. Avant de monter dans le bus, il avait éclaté en sanglots. En larmes, dans une station service. Des Kenyans l’avaient entouré spontanément. Avez-vous déjà aidé un inconnu en pleurs dans la rue ? Ici, on aide son prochain. Quand on serre la main, on regarde droit dans les yeux et on attend que la conversation se termine avant de la lâcher. « J’ai appris une langue pour elle ». C’est triste de voir son ami tourner en rond comme un lion en cage. Il ne sait plus où est le nord, où est le sud. C’est tout juste s’il voit son reflet dans le miroir. Si elle s’efface, il s’efface. Sa main dans sa main. Son Argentine et sa France. Il aimerait monter au ciel et dessiner un je t’aime avec les étoiles. Peut-être qu’elle le verrait depuis Paris. Rentrer. Rentrer, c’est l’espoir. Rester, c’est l’enfer. Pour Amaury, il n’y pas de regrets, pas d’erreurs mais qu’une seule voie, celle du cœur.
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29 octobre 2007
Safari - Partie 2
Il traverse la plaine la lance à la main vêtu d’une tunique rouge. Noble et pur. Devant lui un troupeau de vaches et quelques biquettes. Fier et féroce. Si un lion se présente, il le terrasse du bout de sa lance, comme ses ancêtres. Sauf que le Masai de l’an 2000 n’est plus comme ses ancêtres. Il a vu arriver les hordes de touristes dans sa savane, il a vu les chiffres sur les billets de banque et il a entendu biper les téléphones portables. Il porte un bonnet Nike et organise des visites guidées dans son village. Au programme : une danse traditionnelle, quelques chants et un simulacre de chasse. Si tu payes, tu rentres. Si tu refuses, tu dégages. Tout est faux. La relation marchande et superficielle montre au grand jour la folklorisation des Masais qui vivent aux abords des réserves nationales. Ils n’y croient plus. Même les lions ne veulent plus les attaquer. Il n’est plus question de maintenir une culture mais de la vendre à un bon prix. La dignité semble bien faible face au dollar. Ce n’est plus le safari mais le safapleure.
Pourtant, que la savane est belle. Ces herbes jaunes remuées par le vent. Ces arbres solitaires plantés dans le décor comme par un peintre sur un tableau. Et les animaux. Le lion dort, la lionne chasse. Un éléphant marche seul, exclu par les siens. Il ne les retrouvera jamais. Pas de rachat chez les éléphants. Les nuages bas bougent vite. Eux aussi semble chasser. Chasser le mauvais temps, chasser la lumière sombre qui donne à la plaine une tonalité tragique. Vient l’éclaircie. Les couleurs jaillissent. Le guépard démarre sa course, la gazelle son chemin de croix. La terre est rouge comme le sang du zèbre dévoré. Sur ses projets, il peut tirer un trait. Il en avait des projets. Manger de l’herbe, tomber amoureux et voir le soleil se lever du côté tanzanien. Le lion, lui, voit les choses en grand comme la girafe. Madame souhaiterait changer de forêt mais elle se dit que ça ne vaut pas le cou. Alors elle reste là, ça change quoi après tout ?
Dans une heure, c’est l’incendie. John regarde sa montre. Le soleil va bientôt se coucher. Des mois qu’il attend ce moment. Il en rêve la nuit. Chloé, il l’aime à la folie. Quand il va faire les courses à Nairobi, qu’il va peser ses tomates, c’est le nom de Chloé qui apparaît sur le ticket. Alors il va voir la caissière, lui dit qu’il ne comprend pas. Elle lui dit qu’il est fou. Fou d’amour.
Le quinquagénaire allemand se pavane avec sa panthère. Demain, l’avion décolle à 9 heures. Il regarde les jolies fesses de sa jeune maîtresse mais c’est lui le maître. Maître de son avenir, maître de ses désirs. Elle s’appelle Lilette. Gamine, elle adorait se promener avec sa sœur sur les bords du lac Victoria à Kisumu. Elle attend son dernier coucher de soleil africain. Le rouge du ciel, de la terre et du sang qui coule dans ses veines.
Mark repense à sa copine partie un soir d’été. Et si elle revenait un matin d’hiver ? Pourquoi s’enfermer dans le fatalisme, dans l’obscurité ? Rien n'est impossible. Il repense aux nuits seul à se morfondre. Des heures à sentir l’oreiller de sa moitié, à tourner dans ce lit comme dans un cercueil. Les couleurs de la savane, ce vent léger, cet arbre qui pointe à l’horizon, des mois que Mark n’avait pas profité de l’instant présent. Il revit. Il respire. Il reprend espoir. Elle est partie, mais lui est encore là.
« Un lion, il y a un lion au pied de la colline ! ». Le chauffeur de la jeep enregistre l’information. Il roule à tombeaux ouverts vers le roi de la jungle. Une trentaine d’autres jeeps font de même. Retour du safapleure… Trop de monde, trop de voitures et trop de pollution. Intimité zéro pour le lion qui serait presque plus tranquille dans un zoo. Quel chagrin.
Lilette a une vision. Ce lion encerclé, privé de sa liberté, c’est elle. Elle ne veut pas être prise en photos par des inconnus comme un animal de cirque. Comment s’épanouir dans les bras d’un homme qui la prend pour un trophée ? Demain, elle ne part pas l’aéroport. Elle ira chez sa sœur à Kisumu, pêcher les poissons du lac Victoria.
John profite de la confusion générale pour saisir la main de Chloé. Elle se retourne, surprise. Il la regarde avec dans les yeux toute l’intensité du monde. Il aimerait lui expliquer le coup des tomates au supermarché mais il n’arrive pas ouvrir la bouche. Alors il lui caresse la taille et lui dépose un baiser sur la bouche. Ca sent la fraise. Les touristes mitraillent le lion mais c’est du côté de John et Chloé que la savane est belle.
Mark observe le lion. Il aime son expression du genre : « Quoi ma gueule, qu’est-ce qu’elle a ma gueule ». Il se regarde dans le rétroviseur. Tiens, il faut que je me rase. Il a dans le regard la douce ivresse de la confiance retrouvée. Le lion se retire. Les jeeps se dispersent. C’est la fin du safari.
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25 octobre 2007
Safari - Partie 1
Lui, pervers sur le déclin, elle, beauté sur le départ. Un quinquagénaire allemand est venu faire ses courses au Kenya. Il ramènera dans sa valise un ange noir. Elle ne l’aime pas. Elle le trouve moche, elle le trouve vieux. Mais il est son passeport pour l’Europe, son visa pour un plus bel avenir. Plus bel avenir ? Elle troque sa savane contre un appartement tout confort à Berlin. C’est son dernier safari. Elle observe ce zèbre qu’elle ne reverra plus. Ses rayures noires sur ce corps blanc, c’est elle sur son nouveau amant.
John est venu voir les migrations de gnous. Les migrations, il en connaît un rayon. Sa copine s’est tirée un soir d’été. Elle est partie brouter une nouvelle herbe. Depuis, il traîne tel un chacal à la recherche de proies faciles. Il est n’est pas prêt d’oublier la nuit où elle a claqué la porte. Les traces de ses pas sont encore sur la moquette du salon. Ce soir là, il l’entend partir puis éteint la télé. De toute façon, y’a rien à voir à la télé. John en a perdu sa crinière. Il fait des implants. Peut-être que sa copine fera comme les gnous et reviendra à la prochaine saison.
Mark est venu voir le lion copuler en espérant faire de même avec Chloé. Tous deux sont anglais, volontaires à Nairobi. Ils profitent du week-end pour admirer les animaux de la savane. Ils se draguent passionnément mais n’arrivent à rien naturellement. Alors, la savane, les prédateurs, le coucher du soleil à la Out of Africa, tout est réunit pour les inspirer. Mark a même acheté un guide sur les animaux d’Afrique pour pouvoir épater Chloé. « En forêt, les buffles se rassemblent par trois ou quatre, l’éléphant a besoin de 200 à 300 kilogrammes de fourrage par jour, le flamand est rose parce que… mince. Pourquoi le flamand est rose déjà ? » A revoir.
Trois destins, une réserve naturelle. Le Masai Mara. Sous un ciel bleu violet, une immense plaine ondulée couverte d’une savane dorée au pied de collines broussailleuses. Au soleil couchant, c’est l’incendie. Un rouge vif baigne les rochers où les lions roucoulent. Le moment idéal pour déclarer sa flamme. Il suffit d’ouvrir la bouche, de dire n’importe quoi. Tout est si beau. Les mots deviennent des vers de Rimbaud. « Ouvre moi tes yeux, je veux voir l’océan ». C’est pas mal ça, se dit Mark. Ca lui plairait à Chloé. Demain, il lui dira. Demain.
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22 octobre 2007
Le Kenya désir - Partie 1
De Nairobi à Nakuru
Dans le bus menant à Nakuru, une jolie jeune femme lit les gros titres. Qui est en tête dans les sondages ? Les élections présidentielles approchent. Les Kenyans s’en passionnent. Mademoiselle n’a pas de soutien gorge. Sa poitrine ronde se balance comme deux pastèques dans une brouette. Ca pointe sous le chemisier, c’est le Kilimandjaro. Veuillez s’il vous plait, interrompre ce va et vient troublant. Vous ne soutenez pas vos seins, je ne contrôle plus mes sentiments. C’est que tout est rond ici. Les seins, les fesses et les intentions. Les Kenyans semblent sincères, transparents. Mais on a beau regarder tout droit, la danse des mamelons reste dans le champ de vision. Voulez vous peut-être que je m’en charge mademoiselle l’africaine ? Lionne de ma savane, panthère de ma nuit. Elle se rend compte des regards oppressants alors on feint de s’intéresser à la politique. « C’est bientôt les élections, non? » Et elle sourit. Pas folle la taille de guêpe, le 90 C, le c’est trop pour un seul homme. Elle tourne une page, on fait de même.
Dehors, la nature est tout aussi belle. Des tournesols, du blé, du mais, des cactus, du thé et la savane à perte de vue. Et toujours ces marcheurs au bord des pistes où la poussière s’envole. Les écoliers en uniforme bleu jouent au football dans les herbes hautes. Ils font coucou au passage du bus. Les collines vertes semblent remercier le temps frais du à l’altitude. Parfois, au milieu de nulle part, un arbre impose sa silhouette. Ses branches dessinent un rond. Les paysages respirent l’infini. C’est le Kenya vert de l’ouest.
« Remercions le Seigneur pour cet entraînement. Accueillons nos visiteurs avec joie et générosité ». En marchant dans les allées bordées de jacarandas, nous les apercevons. Des jeunes kenyans de Nakuru s’apprêtent à jouer au football. Comme tous les soirs, ils commencent par la prière. Ils fond un rond et se tiennent par la taille. Sur le terrain, des vaches broutent l’herbe et des filles disputent un match. La lumière est violette, on aperçoit des traits noirs à l’horizon. Les averses s’approchent. Le moment est beau. On se sent à notre place, on se sent bien. Tout est à retenir. Les jolies jambes de cette footballeuse, l’herbe jaune caressée par le vent, le bruit des mains qui se rencontrent et ce nuage menaçant. Il peut pleuvoir, je resterai là avec mes nouveaux amis. Des vies et nous à l’intérieur. Ouvre moi ta porte, je t’ouvrirai mon cœur. L’entraînement se termine par une nouvelle prière. Amen. On ne voit plus rien. Il faut suivre les ombres dans les nuages de poussière. Se mêler à la foule. Peau contre peau, on a tous le même maillot.
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Dans Kibera
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21 octobre 2007
Africa, là où la terre est rouge
L’arrivée à Nairobi
Même les hôtesses de l’air en perdent leurs sourires légendaires. L’avion Le Caire- Nairobi tangue comme un bateau en pleine tempête. « Nous passons une zone de turbulences » explique le pilote. Les plateaux repas font des loopings, les cœurs sont des montagnes russes et les vies défilent. Après quatre heures de danse aérienne, nous atterrissons à Nairobi . Porte-monnaie dans la poche gauche, passeport dans la poche droite et quelques billets dans les chaussettes, on est sur le qui-vive. Il paraît que Nairobi est une ville dangereuse. Le taxi sort de l’aéroport et prend à droite. Il fait nuit. Il fait frais. Nous sommes à 1660 mètres d’altitude. Difficile de déceler des traits de caractères, on ne voit que des routes, des usines et quelques hôtels. Parfois, aux feus rouges, les phares du taxi éclairent les fleurs mauves des jacarandas. Nous arrivons à l’auberge de jeunesse. Chacun choisit son lit superposé. On met les draps, on se brosse les dents et on se regarde dans le miroir : « Je suis où là déjà ? ». Y’a plus d’eau dans le robinet alors on sort acheter une bouteille dans la rue. Le jour se lève. Au loin, on distingue des grattes ciels voisinant avec des vestiges coloniaux britanniques. On remonte au troisième. On se faufile dans ce lit qui n’est pas le notre. D’ailleurs, qu’est-ce qu’il devient mon lit ? Un moment que je n’ai pas de nouvelles. « Ne pas savoir ce que vous aurez au petit-déjeuner, c’est le début de l’aventure! » nous avait dit un Américain au bord du lac Titicaca en Bolivie. Demain, au réveil, on pourra se servir au buffet de la découverte. A volonté, à emporter, il y a des regards, des rires et des mots. Des souvenirs qui restent accrochés à l’âme comme les étoiles au ciel.
Rehana dans Kibera
Sur une colline, au-dessus de Nairobi, il y a Kibera. Le plus grand bidonville d’Afrique de l’Est. Une ligne de chemin de fer traverse des amas de tôles répartis dans d’étroits chemins de terre boueux. De grands arbres et des bananiers surplombent la cité, de la taille de Central Park . On estime à 700 000, le nombre de personnes qui peuplent ce labyrinthe délabré. La moitié à moins de quinze ans. Rehana nous tend une pelle. Brune aux cheveux courts, elle a des yeux pétillants. Elle est volontaire dans l’ONG Carolina for Kibera, qui prend en charge la jeunesse du bidonville par le théâtre et le sport. Aujourd’hui, c’est jour de grand nettoyage. Chacun s’équipe d’une pelle, d’un râteau et d’une brouette pour venir à bout de la saleté. On se réunit à l’entrée de Kibera à l’ombre de flamboyants rouge orangé. Des gens marchent le long des chemins de terre. Des femmes portent des sacs sur leurs têtes. La terre est rouge. Si on la prend dans sa main, elle s’effrite et s’envole dans une poussière ocre. Il y a un acacia qui domine la plaine. Cette image, c’est l’Afrique comme on l’imaginait. Les petits nous saluent par des « Awayou, Awayou » (How are you) innocents. Rehana marche dans ses ruelles qui n’ont plus de secret pour elle. Cette volonté, ce courage, ça la rend belle. Rien ne semble l’arrêter. Elle n’est là que depuis trois mois. De nombreux habitants l’embrassent dans la rue. D’autres marchent le long de la voie ferrée. Sur les rails, au-dessus de la colline, la scène est d’une incroyable beauté. La lumière pure semble irréelle. Au détour du labyrinthe, la misère, la saleté, l’espoir et la joie. Pour le cerveau, cette marche est un marathon. « Merci d’être venus » nous dit Rehana. Tout le mérite lui revient. Nous ne sommes que les témoins d’une réalité que ne pourrons saisir dans sa totalité. Elle, est venue se salir les mains, se secouer la tête et le cœur pendant sept mois. Pour retrouver les racines de son papa et se retrouver elle-même dans ce berceau de l’humanité. L’humanité parlons-en. Elle est dans les regards des Kenyans, dans leurs gestes et dans leurs mots. On ne joue pas un rôle, on est. La vie est bien trop fragile. Pas de temps à perdre. Une petite prend Clément par la main. Elle sourit timidement. Elle marche avec lui, et quand sa main devient trop moite, fait le tour et change de main. Ils traversent le bidonville jusqu’au terrain de football. Des marchands de tout et de rien s’alignent sur le chemin. Partout, la même effervescence, la même fureur de vivre.
C’est le but
Au Brésil, dans la jungle du Pantanal, en Bolivie sur les rives du lac Titicaca, en Argentine sur les parquets de Buenos Aires, au Mexique dans les quartiers de Cholula, aux Etats-Unis dans un parc de Chicago, au Vietnam sur les trottoirs de Saigon, en Chine sur l’île de Hong Kong, en Inde dans la banlieue de Delhi, en Egypte sur la plage d’Alexandrie et au Kenya dans la chaleur humaine de Kibera. C’est le moment du match de football, sur le terrain de la rencontre. Les filles contre les garçons. On joue avec les filles. L’enjeu est important. Il faut les remercier de nous avoir invité dans leur monde oublié. Le terrain est cabossé, jonché de cailloux tranchants. Certains jouent pieds nus. Le coup d’envoi est donné. Les supporteurs entourent la scène, ils applaudissent et encouragent. Le soleil se couche. La lumière devient aussi rouge que la terre. L’atmosphère est électrique. Les garçons sont bien meilleurs mais on compense par le courage. On se déchire, on se défonce avec pour seul produit dopant l’envie de partager. A cinq minutes de la fin, Martin contrôle de la poitrine et d’une longue transversale change le jeu pour Amaury qui perce la défense adverse. Il lève la tête et centre pour Clément qui d’un plat du pied ouvre la marque . On a gagné. C’est sûr, on a gagné. On a retrouvé les fondamentaux. Certaines personnes visitent Kibera, elles y voient l’enfer. D’autres, comme nous, y voient l’espoir. La nuit tombe, les habitants rentrent chez eux. On a l’impression de voir les cœurs battrent sous les vêtements.
16:35 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note




























































































































































